Entre Coppet et Morges

Nous ne décrivons pas  le parcours ici. Il est disponible sur le site de la via-huguenots Vaud https://www.via-huguenots-vd.ch/ Nous mentionnons des personnalités ou des événements en lien avec certains points de ce parcour. A chaque occasion nous montrerons également en quoi ils caractérisent des grandes évolutions de l'Europe occidentale de cette époque.

Ces indications plus générales sont en caractères violets

A certains endroits l'Association a posé des tables d'orientations. A côté des indications générales communes à toutes ces tables elles valorisent aussi une parsonalité remarquable en lien avec l'endroit où elles sont posées. Enfin, nous proposons aussi quelques réflexions contemporaines. Belle marche.

Pour commencer

Ce chemin nous mène à la fin du 17e siècle. Avant il y a eu la guerre des religions jusqu’en 1598 année ou Henri IV organise la paix religieuse dans le royaume de France. C’est la toute fin du 16e siècle, donc au début du 17e protestants et catholiques cohabitent dans un même royaume. Environ un siècle plus tard, en 1685 Louis XIV décide de supprimer le protestantisme dans son royaume. La paix religieuse a duré environ 100 ans. C’est là que commence l’exode de nombreux protestants dont beaucoup passent par la Suisse.

Le château de Prangins

Louis Guiguer (1675-1747) achète la baronnie de Prangins en 1723.

La famille Guiguer (1675-1747) vient de Thurgovie, mais à l’époque les cantons n’avaient pas le même territoire que maintenant. Vers 1610 Léonard Guiguer, l’ancêtre, s’établit à Lyon. Ils sont protestants mais rien à voir avec les huguenots. Les huguenots sont des français ayant adhérés à la réforme protestante. En 1610 nous sommes pendant la paix religieuse en France. La famille s’enrichit dans le commerce du textile.

Durant les 3 derniers siècles du moyen-âge, donc bien avent cette période, le pouvoir politique prend, petit à petit, de plus en plus d’assurance. Le christianisme lui au contraire perd du terrain. Il n’arrive plus à satisfaire les attentes spirituelles de la population. Du coup les pouvoirs politiques, les rois, les princes ou leurs excellences de Berne prennent le dessus. Et ils se soucient des besoins spirituels de la population. Il y a toujours eu, depuis Jésus, plusieurs christianismes différents. Mais avent la fin du moyen-âge cela ne correspondait pas aux territoires politiques.

Louis Guiguer achète Prangins pour un titre de noblesse inaccessible en France.

Avec la montée en puissance des gouvernants politiques et leur intérêt pour le religieux, les différents christianismes se répartissent alors en fonction des territoires. C’est une nouveauté majeure. Certains pouvoirs au 16e siècle adhérents aux nouvelles idées religieuses d’autres pas. Nous avons désormais des états protestants et d’autres restés liés à l’autorité romaine. Quand on vient d’un état protestant comme les Gyger, on est protestant. Les populations ont la religion de leur prince. Au 17e siècle c’était devenu une situation acquise. En France il y a eu match nul, si je puis dire. C’était un des rares états ou les deux formes de christianisme ont cohabité après la guerre des religions qui s’était terminée en 1598, fin du 16e siècle.

Donc lorsque les Guiguer arrivent à Lyon au début du 17e tout baigne. Mais en 1685, la famille subit des pertes dues à la fin de la tolérance religieuse. Mais elle s'insère dans les réseaux financiers protestants reliant Lyon, Genève, Amsterdam, Londres et Paris. Louis Guiguer, né à Lyon en 1675, deviendra du coup un banquier important. Il vivra à Paris et prêtera de l’argent à Louis XV, dans le domaine financier le souverain du très catholique royaume de France avait finalement un penchant certain pour l’œcuménisme ! Louis Guiguer achète la baronnie de Prangins en 1723. Contrairement aux huguenots, il ne souhaitait pas vivre dans un pays protestant, il était très bien à Paris. Mais il voulait investir et acquérir un titre de noblesse. Comme protestant, en France, il n’aurait pas pu devenir noble. Les Guiguer appartiennent au réseau des familles protestantes de négociants et de banquiers. Donc, un domaine près de Genève intéressait notre Louis Gyger. Cela nous donne un lien indirect avec les évènements mémorisés par notre sentier.

Louis fait reconstruire le château car il était en ruine. Son petit-fils, Louis-François (1741–1786) lui vivra ici. Il tient un journal personnel en sept volumes. Ce journal a permis de concevoir l’exposition permanente Noblesse oblige ! Là non plus rien à voir avec les huguenots même si le pasteur du lieu mangeait tous les dimanches midi chez le baron ! Mais dans sa bibliothèque le baron avait les ouvrages humanistes de son temps pas vraiment de collection théologique !

Pierre Valdo, un précurseur

Le sentier continue vers la lac à Promenthoux. Là se trouve une stèle rappelant les Vaudois du piémont italien, les successeurs de Pierre Valdo

L’histoire des disciples de de Pierre Valdo commence vers 1170-1175. C’est un riche marchand de drap lyonnais. Il connaît une profonde conversion religieuse. Il utilise sa fortune pour vivre sa foi en particulier en faisant traduire des passages de la Bible en français. Il rassemble autour de lui des hommes et des femmes prêchant l’Évangile. On les appelle les Pauvres de Lyon parce qu’ils sont proche du peuple. Ils souhaitent réformer la vie chrétienne par le retour à l’Évangile, la pauvreté et la prédication laïque. Le conflit avec l’Église vient surtout de cette prédication, par des hommes et des femmes, sans autorisation ecclésiastique. Le mouvement est condamné au concile de Vérone en 1184 et ses membres sont considérés comme hérétiques.

Chassés ou persécutés, les disciples de Valdo se dispersent. Une communauté solide se constitue dans les vallées alpines à l’ouest de Turin, notamment dans le Val Pellice. Le relief montagneux et l’éloignement des grands centres facilitent la survie de ces communautés. Ces Vaudois conservent leurs convictions. Des prédicateurs et prédicatrices circulent entre les communautés. Ils enseignent les Écritures et entretiennent les liens entre les groupes dispersés. Une caractéristique importante du mouvement demeure la place accordée à la Bible en langue comprise par les fidèles et l’activité de prédicateurs et de prédicatrices.

Pierre Valdo lance un mouvement de réforme bien avant Luther et Calvin.

Au 16e siècle, ces disciples de Valdo entrent en relation avec les réformateurs suisses. En 1532 ils décident de rejoindre la Réforme protestante. Ce mouvement médiéval dissident devient progressivement une Église protestante réformée. Les siècles suivants sont particulièrement violents. Les ducs de Savoie tentent de ramener les vallées au catholicisme. En 1686, le duc de Savoie interdit le culte vaudois. Des milliers de Vaudois sont tués, emprisonnés ou contraints à l'exil. Beaucoup trouvent refuge en Suisse, notamment à Genève et dans les cantons protestants. Mais en 1689, plusieurs centaines d'exilés repartent de Suisse. Ils traversent le lac à partir de Promenthoux et franchissent les Alpes pour reconquérir leurs vallées. Cet épisode est connu comme la Glorieuse Rentrée. Ils étaient sans doute aidés par les royaumes protestants d’Europe du nord.

Les Vaudois restent ensuite confinés dans leurs vallées pendant plus d'un siècle. Leur situation change le 17 février 1848, lorsque le roi Charles-Albert de Savoie leur accorde les droits civils et politiques. À partir de cette époque, l'Église vaudoise peut se développer dans toute l'Italie. Son centre historique demeure Torre Pellice, près de Turin.

Les Vaudois ne sont pas nés de la Réforme 16e siècle. Leur mouvement la précède d'environ 350 ans. C'est pourquoi ils sont souvent présentés comme l'un des principaux mouvements de réforme chrétienne ayant précédé Luther, Zwingli et Calvin. 

J’ai parlé du déclin du christianisme durant les trois derniers siècles du moyen-âge. Mais comme il a toujours été marqué par la diversité, il a suscité en son sein, des mouvements qui ont abouti au bout de compte à son renouvellement. 

Notre sentier mémorise des évènements caractéristiques de l’histoire européenne. 1848 en est un exemple. Les vaudois persécutés ont obtenu leur liberté l’année où l’Europe a été secouée par des mouvements de réforme en particulier en Suisse. 

Entre Begnins et Bursin

Le chemin ne suit pas les bords du lac.  A l'époque ils étaient marécageux. Notre sentier se trouve sur les hauteurs et d'ici nous voyons le lac. Les huguenots arrivaient en bateau à Nyon, Rolle, Morges ... Ceux qui arrivaient à Genève devaient aussi passer par le lac car la ville était entourée par les terres du catholique duc de Savoie. Les barques qui transportaient habituellement les pierre depuis les carrières de Meillerie jusqu'à Genève acquièrent alors une nouvelle vocation. Je vous propose une pause poème.

Les barques de la liberté

Le lac ne distingue pas la charge des hommes.
Il porte tout ce qu’on lui confie. 
Les pierres, les âmes, les silences.
Il ne sait pas s’il construit ou s’il sauve.
Il reçoit, il transporte, il efface.

Le jour se lève sur le Léman.
L’eau fume sous le froid.
Des hommes tirent la corde d’un treuil.
La barque glisse, chargée de blocs gris.
Les pierres viennent de Meillerie. 
Leur surface garde la trace du pic et du sel.
Elles partent vers Genève,
pour un mur neuf, un portique, un pont.

Les barques pour les pierres sauvent la nuit des vies humaines

Le maître batelier parle peu.
Il connaît la route, la profondeur des anses,
le vent de bise.
Les rameurs s’appellent entre eux, jurent,
puis se taisent.

Ce soir, la barque reviendra vide, ou presque.
Elle prendra des corps et non des pierres.
Des familles descendront des bois du Chablais,
marchant sans torche.
Le batelier les fera embarquer à l’ombre.
Il les fera asseoir sur la poussière des blocs.
Le même bateau, la même corde, le même vent.
Mais ce ne seront plus des matériaux pour bâtir,
ce seront des vies à sauver.

À la rame, il traversera le lac sans lumière.
Au loin, Genève veillera, une ville murée dans sa vigilance.
Les pierres portées le jour serviront à ses murs ;
Les âmes qu’il portera la nuit chercheront un abri.

Lui ne parle pas de Dieu.
Il rame, il voit l’eau, il sent le froid.
Il pense parfois que les pierres et les hommes
pèsent de la même manière.
Mais les pierres tombent au fond,
les hommes respirent encore.

François et Lucrèce Pelet de Salgas

 Arrivée à Bursin où se trouve une table d'orientation rappelant François Pelet de Salgas.

Salgas est un hameau en Lozère, près de Florac. La région devint protestante en 1560. François de Pelet, Seigneur de Salgas est né en 1646 dans une famille noble et fortunée et protestante depuis presque un siècle. Il a trois frères : Antoine, Jacques, et Hector. Lorsque Louis XIV entame la persécution des protestants, son frère Jacques partira en Exil à Berlin. Lorsque le père de la fratrie décède les deux autres frères de François, Antoine et Hector sont déjà mort, et Jacques est en exil donc François hérite de tout et il figure parmi les premières fortunes du Languedoc. Il se marie en 1678 et aura une fille mais son épouse et sa fille mourront jeunes.

En 1685, François se converti extérieurement au catholicisme, va à la messe etc. et pratique sa foi chez lui en secret comme beaucoup de protestants. Il ne peut pas abandonner sa fortune, composée en grande partie de terres donc il doit se montrer bon catholique. François se remarie avec une protestante, Lucrèce de Brignac en 1694. Il a 48 ans et elle 22 et ils auront six enfants. Mais en 1701 Lucrèce s’enfuit pour aller vivre librement sa foi protestante à Genève, laissant ses six enfants à François. François lui continue sa vie officielle de catholique mais il est soupçonné de collusion avec les huguenots.

Après un procès comme les dictatures savent en organiser, François est condamné aux galères. Ses enfants sont emmenés dans des institutions catholiques pour y être éduqués comme le souhaite le roi. Là aussi, c’est une méthode dont les pouvoirs autoritaires son coutumiers.

François écrira des lettres depuis sa captivité. Il annonce ouvertement regretter de s’être convertit au catholicisme. En fait cette épreuve le pousse à affirmer sa foi protestante. Il n’en démordra pas et écrira à sa femme qu’elle avait eu raison de se réfugier à Genève. Lucrèce de Brignac parvient à le faire libérer après la mort de Louis XIV en 1716. François finira sa vie à Genève auprès de sa femme et aussi de Pierre, l’un de ses fils qui a fui la France pour rejoindre ses parents à Genève. François décède en 1717 à 72 ans.  

Une famille noble se disperse entre la foi, l’exil et la survie.

Lucrèce et son fils Pierre s’installeront ici à Bursins en 1726 où Pierre se marie et aura 4 enfants. La famille vivra dans une gentilhommière, actuellement, rue de l’Eglise 16. Cette famille de réfugié a développé la vie ici et a laissé ce bâtiment. Il y a encore un autre bâtiment à Bursins venant des huguenots. Ces deux monuments historiques témoignent de l’accueil des huguenots. Mais aussi de leur investissement pour développer la vie dans les communes où ils ont été accueillis. 

Lucrèce est ensevelie dans ce temple, comme plus tard son fils et sa belle-fille, l’épouse de Pierre. Ils auront plusieurs enfants mais la dynastie s’éteindra par la suite. Un des fils enlevés, finira prêtre et un autre fils récupèrera les restes des biens de son père. Il a fondé une dynastie française et catholique, descendante de François Pelet de Salgas. Et le frère de François, réfugié à Berlin fondera une famille Pelet. Une certaine Jacobine Pelet est l’ancêtre de la famille von Braun dont un des descendants, Wernher construira des fusées, d’abord dans son pays puis pour la NASA. Il a aidé les américains à décrocher la lune.

J’ai évoqué un pouvoir dictatorial, car avant 1685, le parlement du royaume d’Angleterre adopte une loi interdisant d’emprisonner les gens de manière aussi arbitraire. Ce n’est donc pas un travers de la monarchie de ce temps mais bien un comportement dictatorial de Louis XIV. 

Cette famille dispersée incarne les déchirures de l’histoire française. Chaque branche a suivi son chemin entre foi et survie. Leur héritage marque encore la Lozère, Bursins, et la conquête de la lune.

Mais encore

La randonnée fatigue le corps mais elle remet l’âme d’aplomb. Nous laissons sur le sentier ce qui ne nous servira plus.
Ce que nous ramenons aucun écran ne pourra jamais nous l’offrir.

Marche vers l’Avenir

Avance,

même si l’horizon te semble voilé,
Même si le vent s’élève et trouble ton sentier.
Chaque pas est une promesse,
Chaque aurore un recommencement.

Ne crains pas la brume du matin,
Elle se dissipe sous la lumière du jour.
Ne regarde pas trop longtemps en arrière,
Car c’est devant que naît l’espérance.

Les sentiers sont parfois escarpés,
Parsemés d’ombres et d’incertitudes.
Mais écoute : une voix t’appelle,
Un souffle léger te précède et t’accompagne.

Marche avec confiance,
Car l’avenir n’est pas un mur,
Mais une porte entrouverte,
Où la lumière de la vie se glisse déjà.