Les montagnes ... message pour la suisse
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Les montagnes ... message pour la suisse

Dieu fait bien les choses

Psaume 104.10 à 18

Je célèbre des cultes patriotiques suisses et je prononce des discours du 1er août depuis environ 20 ans. J’ai deux passeports car je suis citoyen vaudois et citoyen français. Alors mes amis français me demandent parfois : d’où vient la prospérité suisse ? Voici un bout de réponse basé sur un extrait du psaume 104. 

Notre pays est connu pour ses montagnes. Mais si les montagnes apportaient le bien-être, le Népal serait le pays le plus opulent du monde. L’évolution climatique le rappelle : la Suisse est le « château d’eau » de l’Europe. Mais là aussi, si c’était l’eau qui dopait l’économie, l’Amazonie serait bien plus avancée que nous. Non, je le dis toujours à mes amis : la prospérité de la Suisse vient tout simplement … des suisses !

Bon, je ne nie pas la beauté des montagnes et des lacs. D’ailleurs l'hymne national chante les paysages suisses. Le texte biblique choisi pour ce culte est un poème qui chante la beauté des paysages … même s’il ne s’agit pas de la suisse évidement, elle n'existait pas aux temps bibliques. En fait ce psaume dit tout simplement : Dieu fait bien les choses ! Et 3000 ans après la composition de ce psaume, et 3000 km plus loin nous pouvons confirmer : oui, Dieu fait bien les choses, les paysages suisses le prouvent.

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Psaume 104.10 à 18

Pour décrire la suisse je n’utilise pratiquement jamais l’exemple des montagnes et des lacs. Je prends un exemple du passé qui me semble particulièrement parlant. Et il concerne les français. Lorsque le roi Louis XIV interdit le protestantisme en France, beaucoup de protestants se réfugient en Suisse. Certains s’y installent et d’autres sont guidés vers des terres accueillantes en Europe du Nord et même beaucoup plus loin.

Cet exemple révèle deux caractéristiques suisses. D’abord la capacité d’accueil, car les nouveaux venus ont pu prospérer là où ils se sont installés. Ensuite l’approche réaliste du problème : comme ils étaient trop nombreux, les autorités organisent leur périple à travers la Suisse pour qu’ils trouvent refuge là où c’était possible.

Pour commencer

Sur ce site, j’ai une catégorie d’articles consacré à leur chemin. Il traverse toute la suite et j’ai intitulé cet ensemble Chronique d’un exil réussit. Mais j’aurais pu l’intituler aussi Chronique d’un accueil remarquable.

Ces réfugiés étaient porteurs de valeurs qui me semble caractériser encore de nos jours la société suisse. Ils se souciaient de l’éducation, développaient des savoirs faire et, bien sûr, valorisaient la dimension spirituelle des individus. C’est mon premier point et mon second point, c’est la manière dont la société suisse organise ce que j’appelle l’agitation intérieure. Enfin en troisième point, je parlerai des nouveautés venant de l’extérieur.

1 Les trois valeurs

L’éducation : lorsqu’en 1882 l’école devient obligatoire en France, elle l’est déjà depuis longtemps dans les cantons suisses. Ici, dans le canton de Vaud, l’école pour tous date de 1806. J’ai entendu l’autre jour une interview du responsable de l’EPFZ. Il indiquait le nombre considérable de chercheurs engagé dans le développement de l’Intelligence Artificielle en Suisse. Le souci pour la qualité de l’éducation est une valeur fortement répandue dans la confédération.

Le savoir-faire : les réfugiés maitrisaient des techniques artisanales. Elles ont contribué à leur prospérité mais aussi au développement des régions d’accueil. Je citerai un domaine peut connu : la boulangerie. Oui, certains fugitifs apportaient de nouvelles manières de faire du pain pour le plus grand plaisir des habitants du lieu. La Suisse est un pays où le savoir-faire est valorisé, c’est ce que prouve par exemple, la politique de l’apprentissage.

La spiritualité : les protestants français voulaient vivre leur foi en toute liberté. Au-delà de la querelle religieuse, il s’agit tout simplement de permettre aux individus de vivre selon des valeurs essentielles pour eux. Et comme nous sommes tous différents les uns des autres, cela nous oblige à respecter les croyances et les engagements des autres. Cela ne va pas sans querelles, nous sommes des êtres humains. Mais les suisses cherchent à transformer les complications du vivre ensemble pour en faire une force utile à la société.

Les autres sociétés gèrent moins bien ce que j’appelle l’agitation intérieure
parce qu’elles ont l’illusion de l’unité

Les valeurs portées par ces réfugiés français ont trouvé ici un terreau favorable. Ces familles ont contribué au développement de toute la société. Leur apport s’est perpétué de générations en générations. Louis XIV a géré la diversité des individus en imposant l’uniformisation des choix de vie. Cela n’a pas évité les querelles, loin de là ! Et cent ans plus tard, le pays a raté la première révolution industrielle car il manquait d’entrepreneurs capables de la dynamiser.

2 L’agitation intérieure :

Une société est toujours, plus ou moins, agité de l’intérieur. Ici, la présence de 4 langues rend bien sûr la vie de ce pays un peu compliquée. Nous pouvons toujours dire l’union fait la force, s’entraider vaut mieux que se combattre... mais c’est de la théorie. Si tous les suisses parlaient anglais, ce serait sans doute plus facile ! Mais réussir à gérer quatre langues nationales c’est une performance et cela aide aussi à gérer les autres agitations venant de l’intérieur. Les autres sociétés gèrent moins bien ce que j’appelle l’agitation intérieure parce qu’elles ont l’illusion de l’unité. Par exemple, elles uniformisent leur langue. Résultat : elles ne savent pas gouverner les agitations présentes dans toutes les sociétés.

Cela ne s’est pas fait tout seul. La suisse a plus de 700 ans, mais la paix totale et continue ne date que de 1848. Et je ne parle même pas de la paix du travail qui date du début du 20e siècle. Oui, vivre ensemble cela demande tout un apprentissage, un travail long et continu. Bref c’est un savoir-faire que la Suisse devrait exporter. Car c’est plus précieux que les montres ! Mais voilà, l’union fait la force mais la coopération dans une confédération de cantons entre le Jura et les Alpes n’a pas la puissance médiatique d’une union d’états entre l’Atlantique et le pacifique.

Du coup, la compétence suisse pour développer le vivre ensemble n’est pas suffisamment connue. Mais cette modestie mondiale est aussi une richesse. Car elle oblige à naviguer dans le concert de nations plus puissantes. Rien n’est donné au départ. Tout ce que la Suisse réussit vient de ses efforts. Et ce travail d’adaptation continuel est stimulé par la diversité interne. Ici un genevois a les mêmes droits et les même devoirs qu’un habitant d’Obwald. Côtoyer ainsi la diversité sur son sol, cela aide à accueillir les nouveautés venues d’ailleurs.

3 Les nouveautés venant de l’extérieur :

Le monde évolue sans cesse. Il arrive toujours des événements inattendus. Tant que nous sommes vivants nous affrontons des imprévus. Les sociétés arrivant à absorber ces nouveautés se développent. Bien sûr, toutes les nouveautés ne sont pas bonnes à prendre. Mais refuser l’évolution n’empêche pas du tout les changements. Cela oblige simplement à les subir sans réussir à les s’organiser.

Oui, vivre ensemble cela demande tout un apprentissage, un travail long et continu.

Toutes les sociétés reçoivent ce que j’appelle des bruits venant de l’extérieur. Se protéger de tout ce qui arrive du reste du monde ne sert à rien. Jamais aucune civilisation, aussi puissante soit-elle, n’a réussi à s’isoler du reste du monde. Au contraire, les organisations sachant absorber les bruits universels peuvent les utiliser pour grandir. C’est comme une sorte de nourriture dynamisant les sociétés ouvertes.

Nous en avons eu la preuve avec l’exil des protestants français. Là où ils se sont installés, ils ont aidé au développement local. Pas seulement la première génération car leur engagement s’est transmis de génération en génération. Et, comme je l’ai dit le royaume sclérosé de Louis XIV a suscité un manque d’initiative préjudiciable au développement du pays. Cent ans plus tard, le retard pris à ce moment-là pesait encore sur la dynamique du royaume.

Et oui, une société se fermant sur elle-même, risque la sclérose. Une société sachant accueillir, nourrit sa prospérité sur plusieurs générations. Evidement cela demande des efforts. Les humains accouchent dans la douleur et produisent à la sueur de leur front.

Savoir utiliser les différences internes, être capable d’accueillir les bruits du monde cela ne se construit pas en un jour. Entre le pacte de 1291 et la Suisse de 1848, le pays s’est construit souvent dans la douleur. Parfois aussi dans les évolutions heureuses. Mais l’essentiel c’est l’expérience apportée par le temps et dopée par la réussite.

Mais encore

Le monde évolue sans cesse. Les solutions d’aujourd’hui face à l’agitation intérieure et aux nouveautés venant de l’extérieur ne ressemblent pas à celles du passé. J’ai marché l’autre jour le long du chemin des toblerones au-dessus de Gland. Difficile de savoir s’ils auraient empêché l’entrée des chars adverses mais, de toute façons, ils auraient au moins ralenti leur progression. Or à notre époque, contre les drones, ils sont totalement inutiles.

Car si le passé donne de l’expérience, il ne donne pas de solutions. Elles sont à recréer sans cesse. Les recettes d’hier prouvent qu’il est possible d’y arriver. Mais celles de notre temps sont évidemment différentes car les défis ne sont pas les mêmes.
Oui, si je regarde un peu de l’extérieur ce pays que je fréquente intimement depuis 20 ans et dont j’ai obtenu la nationalité, je dirais la prospérité suisse vient de trois principes : la volonté de gérer la différence, la capacité d’accueillir et l’attrait pour l’innovation.

Amen