Deviens ce que tu es
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Deviens ce que tu es

Car tu n’es pas nul

Qui n’a jamais eu envie d’être une autre personne, plus forte, plus habile, plus clairvoyante, plus belle, plus jeune, plus ceci ou plus cela. Mais pour Dieu pas besoin d’être davantage que ce que l’on est. Pour lui, personne n’est nul.

Dans l'évangile de Marc une femme sans droit devient une mère comblée. Elle a osé sortir de sa condition pour obtenir la guérison de sa fille.

Ce récit fait partie d’une très longue liste montrant comment des personnes réussissent des choses extraordinaires parce que Dieu à confiance en elles et parce qu’elles ont confiance en Dieu. La confiance en Dieu lui permet de sortir l’énergie enfouie au plus profond d’elle.

Marc 7.24 à 30

La femme qui avance sur le chemin est encore jeune. Cela se voit à son allure. Elle a l’air déterminé. Seuls ceux qui regardent attentivement son visage peuvent se rendre compte qu’elle porte en elle un poids. Pesant fardeau comme la vie sait en produire, même dans la vie d’une jeune femme. Mais qui va y prêter attention ? Et puis que fait-elle ici, à Tyr ? Elle vient de Phénicie, c’est au Nord. Elle n’est pas juive, il y a peu de Juifs en Phénicie. Bien moins qu’ici à Tyr.

De toute manière ses problèmes sont classiques : sa fille est malade. Crises régulières d’épilepsie ? Asthme ? Anorexie ? Dépression ? Qu’importe ! De nos jours une armada de spécialistes aurait qualifié
la maladie dont souffrait l’enfant. A l’époque les gens disaient simplement qu’un esprit mauvais la tourmentait. L’image est médicalement naïve mais, sur le plan de l’existence elle est vraie. Trop vraie.
Avoir une enfant tourmentée par un esprit mauvais cela signifie qu’elle est gravement malade, que personne ne sait que faire pour la guérir, et que tout cela pèse énormément sur la vie de la famille.

La femme bien sûr a tout essayé. Les plantes d’abord, toutes sortes de remèdes dont elle a entendu parler ici ou là. Les dieux aussi bien sûr. Surtout qu’en ce temps là, il y a le choix. Mais rien n’y fait. La fille est toujours malade.

La femme a entendu parler d’un célèbre guérisseur juif. Il vient de Nazareth. Mais la femme vient de Phénicie. Elle n’est pas juive. Les gens de Phénicie ne viennent pas à la rencontre des Juifs. Cela ne se fait pas, surtout pour une femme. Notre femme respecte les coutumes, elle vit comme elle a été éduquée. Jamais elle ne se ferait remarquer par un comportement original. Hors de question qu’elle aborde un Juif,
surtout pas un Juif connu. D’ailleurs cela serait totalement inutile. Elle se ferait renvoyer, logique !

On dit que ce fameux guérisseur se trouve actuellement dans la région de Tyr. Ce n’est pas très loin de la Phénicie. La femme se met en route. Il s’agit d’abord de le trouver cet homme qui s’appellerait, dit-on : Jésus. Mais Jésus veut que personne ne sache où il est. Il se cache souvent. Notre femme cherche, se renseigne. On a vu Jésus passer. Il se serait dirigé vers une maison, par là-bas. La femme continue, elle sent qu’elle approche du but. Mais que fait-elle ? Plus elle sent que sa recherche va aboutir, plus elle avance lentement. Fatigue ? Où tout simplement la conscience qu’elle va faire quelque chose qui ne se fait pas ?

L’attrait de Jésus sera-t-il suffisamment puissant pour que l’inhibition ne la paralyse pas au dernier moment ? Ce ne serait pas la première fois qu’elle perdrait ses moyens et face à des personnes bien moins impressionnantes que le fameux guérisseur de Nazareth. La voilà qui ralentit encore. Elle a trouvé l’endroit où Jésus est caché. Elle s’arrête. Puis elle arrête de penser elle pousse la porte,

1 Trois suites possibles

1 Elle a trouvé l’endroit où Jésus est caché. Elle s’arrête.
Puis elle arrête de penser elle pousse la porte,

Comme d’habitude elle perd ses moyens. Elle s’enfuit, rouge de honte.

Certains disciples sont scandalisés : « Comment cette femme a-t-elle pu oser déranger le maître ? Il n’y a vraiment plus de limite! Quelle époque nous vivons ! D’autres disciples rigolent : « Bien fait pour elle, regardez comme elle repart, la tête basse. Elle n’a qu’à trouver un guérisseur de son pays au lieu de venir nous déranger ici»

2 Elle a trouvé l’endroit où Jésus est caché. Elle s’arrête.
Puis elle arrête de penser elle pousse la porte,

et commence à pleurer. Elle est désespérée. Elle se jette aux pieds de Jésus et elle le supplie : « Pitié, tout le monde t’admire ici. Et dans notre pays aussi tu es célèbre. Je suis si malheureuse. Tu n’as qu’un mot à dire et ma fille sera guérie ».

Les disciples en ont marre de ces gémissements. Jésus ne peut pas guérir la terre entière. Ils empoignent la femme et l’emmènent loin du groupe. C’est difficile, la femme se débat, mais les disciples sont nombreux et ils finissent par venir à bout de cette femme qui n’arrête pas de crier dans leurs oreilles.

3 Elle a trouvé l’endroit où Jésus est caché. Elle s’arrête.
Puis elle arrête de penser elle pousse la porte,

se jette aux pieds de Jésus et lui demande de chasser l’esprit mauvais de sa fille.

Jésus, importuné par l’intrusion de cette femme qui ne parle très mal grec, lui répond « Il n’est pas bien de prendre la nourriture des enfants et de la jeter aux chiens.» Comme prévu, comme elle l’avait craint, elle se fait rabrouer.

La bible est un livre qui parle de nous

Comme d’habitude elle perd ses moyens mais quelque chose se dégage de ce Jésus. Elle a tellement confiance en lui, qu’elle prend confiance en elle. Elle ose. Elle ose lui répondre. Oui, répondre.
Pas bredouiller une excuse. Pas réciter une formule préparée à l’avance. Pas bégayer pour solliciter la pitié. Elle répond : « Maître, même les chiens, sous la table, mangent les morceaux que laissent tomber les enfants. » Alors Jésus lui dit simplement : « A cause de cette réponse, tu peux retourner chez toi, l’esprit mauvais est sorti de ta fille. »

2 Merci à celles qui osent

La Bible est un livre qui parle de nous. Bien sûr, nous disons qu’elle est parole de Dieu. Donc qu’elle parle de Dieu. Mais c’est pour nous qu’elle a été écrite. Il s’agit de la parole de Dieu pour nous. Et la Parole de Dieu est essentiellement bienveillante. L’expression qui revient le plus souvent dans la Bible c’est « Ne craint point » ou « N’ayez pas peur ». En tout cette expression et ses variantes apparaît 135 fois dans la Bible.

Le texte de ce matin, constitue le pendant positif de l’expression « N’ayez pas peur ». Il dit : ayez confiance en vous, car Dieu a confiance en vous. Beaucoup de passage Bibliques poussent les humains à libérer l’énergie qui se trouve en eux, la libérer pour faire du bien, à sois même et aux autres. Lève-toi et marche, comme le dit Jésus.

Pour la Bible chaque humain est un être unique. C’est ce que signifie l’expression « Dieu connaît ton nom ». Cela veut dire que tu es unique aux yeux de Dieu même s’il existe 8 milliards d’autres personne dans ce monde.

Pourquoi cette insistance, sur la valeur de l’être humain ? D’abord bien, sûr pour appeler chacun chacune à respecter l’autre. Mais cela va plus loin : valoriser les capacités de l’humain le pousse à libérer son potentiel de bienveillance. C’est une technique efficace. La Bible parie sur le potentiel de bienveillance de chaque humain. Et dans la lutte contre le mal, libérer la bienveillance, c’est la technique la plus performante.

Qu’est-ce qui est le plus utile pour faire avancer une mule ? Est-ce la carotte ou le bâton ? Peut-être qu’à court terme c’est le bâton. Mais la bible ne cherche pas l’efficacité à court terme. Elle déroule une histoire pendant plus de 1000 ans. Et sur le long terme, la carotte est bien plus payante que le bâton.

Ne crains point, et lèves-toi et marche.

3 Jésus fait son rebelle

Ce message aurait pu avoir pour titre Merci à celles qui osent. Il y a d’ailleurs d’autres femmes dans la Bible qui ont osée. Mais un autre a osé dans ce récit. C’est Jésus. Il transgresse une règle de son peuple, une coutume sensée venir de Dieu, son Père. Il désobéi tout simplement aux règles.

… valoriser les capacités de l’humain le pousse à libérer
son potentiel de bienveillance.

Il improvise devant une situation imprévue. Il fait ce qu’il juge bon de faire sur le moment. Il fait son rebelle car il estime nécessaire de s’adapter à une réalité déroutante. Cela fait de Jésus un être tout à fait contemporain. De nos jours la vie est devenue très compliquée et nous sommes parfois confrontés à une situation totalement déconcertante.

Lorsqu’il nous arrive quelque chose d’inattendu nous sommes bien obligés de faire ce qui nous vient à l’esprit. Et il y aura de plus en plus de situation où cela va nous arriver car le monde change de plus en plus vite. C’est vrai au travail mais aussi dans la vie privée. Il faut savoir improviser et décider sans recul, sans faire une pesée d’intérêt et sans rouspéter contre le règlement qui n’avait pas prévu cela.

Donc l’autre titre de ce culte aurait pu être Jésus fais son rebelle.

Mais encore

A vous de choisir l’interprétation de ce récit de l’évangile qui vous convient le mieux. Quoi qu’il en soit : pour Dieu nous ne sommes pas nuls. Alors laissons-nous aller à devenir ce que nous sommes sans inhibitions et sans pressions.

La femme est devenue ce qu’elle est car elle a eu le courage de transgresser les règles de son temps.

Jésus est devenu ce qu’il est car il a eu le courage de transgresser la culture de son peuple.

Elle a fait front, il a fait le rebelle , merci à Dieu de nous pousser à ces deux attitudes.