Jésus mort pour nous ...

Jésus mort pour nous ...

... pas à cause de nous


Dans les évangiles, Jésus a parlé plusieurs fois de sa mort. Il a conscience de son destin. Cependant la vraie question n’est pas là. Car, pour l’époque, la fin de l’histoire est logique. Pourquoi Jésus est-il allé jusqu’au bout malgré tout ce qui l’attendait. Autrement dit : pourquoi est-il allé jusqu’à mourir pour nous ? Jésus est mort pour tous, écrit l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe (Chapitre5, versets 14 à 19).

Lire 2 Corinthiens 5.14 à 19

Si Jésus est mort pour tous, il est aussi mort pour nous. Lorsque j’étais ados j’ai entendu un reportage à la radio sur une situation tragique. Je ne me rappelle plus de quoi il s’agissait, je me souviens simplement d’une phrase. Elle m’avait profondément émue. Le reporter à dit « j’ai vu des mères déjà amaigries par la faim donner à leur enfant les quelques pommes de terre qui leurs restaient. »

Sans aller aussi loin dans la tragédie, il est courant que des parents se sacrifient pour leur enfant. Mais ce n’est pas parce que leurs enfants seraient coupable. C’est parce que les parents veulent faire le maximum pour leurs enfants. Les enfants passent avant tout et cela peut aller très loin.

1 Origine de l’idée « Jésus est mort à cause de nous »

Alors pourquoi, lorsque nous disons Jésus est mort pour nous, certains interprètent il est mort à cause de nous ? Cette idée ne vient pas de l’apôtre Paul en tout cas. L’apôtre annonce que nous sommes réconciliés avec Dieu. Pour Dieu nous sommes justes. Donc nous ne sommes pas coupables de quoi que ce soit devant Dieu. Pourtant bien des chrétiens chantent le Vendredi-Saint « de tes tourments nous sommes cause » pour reprendre un cantique du répertoire édité dans le recueil Alléluia (Editions Olivétan, page 409) C’est en effet un très beau cantique et il met en avant l’amour du christ pour les humains. Mais affirme Christ s’est sacrifié pour nous pas dans le sens des parents qui se sacrifient pour leur enfant, mais dans le sens d’un sacrifice brutal offert à Dieu pour évacuer une faute.

Cette idée vient d’Anselme de Cantorbéry, il y a 1000 ans maintenant. Il cherchait une logique dans le destin tragique du Christ. Saint Anselme a eu l’idée de lier la mort du Christ au péché originel. Pour lui, c’est un moyen de réparer ce péché originel. Quand on commet une faute, il faut la réparer. Qui est flashé par un radar, doit payer l’amande ! Sauf que si l’on suit Anselme de Cantorbéry, ce n’est pas l’auteur de la faute qui paye, c’est le jeune qui passait en vélo et n’a pas été flashé par le radar. La faute en effet dont parle notre Anselme ne vient pas de Jésus !

Pourtant, il y a bien des exemples illustrant cette croyance. Par exemple, dans son tableau Crucifiction Rembrandt se représente au milieu des hommes crucifiant Jésus (Rembrandt, L’érection de la croix, huile sur toile, 1633, Munich, Alte Pinakothek)
https://www.akg-images.fr/archive/Erection-de-la-Croix-2UMDHUDTJDXM.html

2 Pourquoi Dieu aurait-il « sacrifié » son fils ?

Ceci dit, Jésus n’a jamais parlé de péché originel. Et pour cause : l’idée de péché originel vient de St Augustin, 500 ans après la mort du Christ. Et puis surtout, le sacrifice, dans la Bible n’a rien à voir avec l’idée d’offrir à Dieu un cadeau pour réparer une faute. Dans la Bile, l’animal est cuisiné et partagé avec tout le monde dans un grand festin. La traduction « sacrifice » ne rend pas le sens profond de ce rite.

Si nous ne sommes pas coupables, alors pourquoi Dieu aurait-il dû envoyer son fils se sacrifier pour nous ? Tout simplement pour stimuler notre courage dans l’adversité et pour nous aider à lutter contre le mal.

Nous naissons dans un monde marqué par d’immenses tragédies pour lesquelles nous ne pouvons rien Il en est ainsi depuis bien longtemps avant notre naissance. Nous n’avons pas demandé à naître dans un tel monde. Plus encore : si nous avions eu à choisir notre vie, nous n’aurions sans doute pas décidé qu’elle se déroule comme nous la vivons. Mêmes les personnes heureuses auraient sans doute décidé de vivre autrement : sans souffrances et difficultés.

Nous sommes tous, en quelque sorte les uns les autres des compagnons de souffrance. En venant souffrir comme nous, mourir comme nous, Dieu devient tout simplement notre compagnon de souffrance. Il veut, par-là, nous montrer à quel point il nous aime, à quel point il se sent proche de nous. Il a donc dû sacrifier sa position de Dieu tout puissant pour prendre notre position d’humain impuissants.

3 Dieu est venu vivre avec nous

Si nous avions pu créer nous-même notre vie, je fais le pari que nous aurions évité soigneusement ce qui nous peine nous et les autres. Mais comme nul ne choisit sa vie, nous traversons tous des difficultés et nous avons tous besoin de tolérance, d’amour du prochain, de bienveillance réciproque. Ces vertus nous aident à vivre, à combattre le malheur, à vivre heureux malgré les difficultés.

Et cette tolérance, cet amour du prochain, cette bienveillance réciproque Dieu est venu les vivres avec nous en Christ. Pourquoi ? D’abord pour nous montrer l’importance de ces vertus dans la lutte contre le mal et ensuite pour nous montrer qu’il est avec nous dans cette lutte contre le mal. Il est mort dans des souffrances pour devenir compagnons de tous ceux qui souffrent, en particulier les victimes des malheurs les plus graves.

Alors oui, il y a bien eu sacrifice du christ. Car Dieu est notre père et il s’est sacrifié pour ses enfants. Non pas pour réparer leurs fautes mais pour les aider à vivre avec le mal, présent partout sur notre terre.

Dieu est notre compagnon dans la souffrance et de ce fait nous devenons ses compagnons de résurrection ! C’est ce que dit Paul : le Christ est compagnon des humains dans la souffrance et les humains sont compagnons du Christ dans la résurrection. Nous sommes à la foi dans le mal et dans le bien et Dieu est avec nous dans tout ce que nous vivons